Une histoire de visée : la visée en coin

Dans ma série de trois articles sur la visée je vais développer trois thèmes :

  • la visée optique en coin, ma préférée
  • la visée ventrale, si belle et si douce
  • la visée réflex, pourquoi je la déteste

En photographie la composition et le cadrage sont des éléments essentiels. Mais pour organiser la scène devant vos yeux tout passe dans un premier temps par l'acte de mettre l’œil derrière le viseur. Je vais vous expliquer pourquoi dans ma démarche j'aime par dessus tout la visée en coin appelée parfois visée télémétrique.

 

La visée en matière photographique est une histoire à la fois très objective et très subjective. Si j'aime la visée optique en coin, c'est pour des raison très objectives. Elle est souvent associée à de petits appareils facilement transportables. Le roi dans ce domaine est le Leica M. Un monstre sacré avec lequel j'ai eu la chance de travailler longtemps en argentique. Un beau Leica M6 et des objectifs 35 et 50mm summicron m'accompagnaient partout. Un appareil ultra simple décliné depuis en numérique. La visée est sublime et on travaille manuellement avec un sélecteur de vitesses et d'ouvertures. N'ayant pas les moyens de basculer sur ce système j'ai jeté mon dévolu sur un sublime Fuji X100 qui fonctionne avec cette même approche. Une optique fixe lumineuse, un sélecteur de vitesses et un autre pour les ouvertures. Un boîtier avec un 35 et un 50mm que j'emporte partout de manière très simple. A mes débuts en argentique j'avais deux reflex et j'ai eu un jour un Canonet QL17, un tout petit boîtier avec un 40mm et une visée télémétrique, ce fût une révélation. Enfin je pouvais photographier discrètement, sagement sans qu'on me prenne au sérieux. Je continue donc dans cette voie.

 

La visée en coin revient donc à l'essentiel dans l'acte photographique. On travaille avec de petits appareils discrets et surtout la visée ne passe pas par un miroir. De ce fait, on a entre les mains un appareil photo très silencieux sans le bruit du miroir à chaque déclenchement. Puis quand on déclenche, on ne perd pas l'image de vue avec la remontée du miroir. Un autre avantage très objectif à mes yeux est le fait que le photographe n'est pas caché derrière son boîtier (si et seulement si son œil directeur est l’œil droit au final). Cette visée en coin par contre est uniquement adaptée à des focales courtes du 28 au 50mm, mais c'est exactement ma démarche.

 

Parce dans la vie tout n'est pas objectif, subjectivement avec un appareil télémétrique je me sens plus fluide dans mon acte photographique. Je parais moins agressif, cette approche est plus douce. Pas de zoom possible, alors on tourne autour de son sujet, on entre en contact avec lui, on s'approche, il nous regarde, on déclenche avec beaucoup d'économie. Il est la prolongation de ma démarche lente en photographie. Enfin, ce type de visée est très aérienne, et permet de ne pas avoir l'air mais d'être tout simplement.

 

Je ne cherche pas à vous convaincre mais au final avec ce genre de matériel vous avez une approche très minimaliste qui permet de ne se concentrer que sur l'essentiel en photographie. Le minimalisme, la lenteur, vous commencez à comprendre un peu plus mon approche ?